Réflexion: La Première Semaine

 

Dans la nuit fraîche du Jura, penché sur le balcon du premier étage, je regarde en détail les blocs de pierre rugueux du mur d’en face, et je pense à la France que j’ai vue en 1 semaine.
 

Je pense aux briques rouges d’Hénin-Beaumont, aux remparts mousseux de Longwy, aux colombages penchés de Troyes. J’ai l’impression de respirer une France que je ne connais pas: des villes qui se dévoilent, des forêts qu’on traverse, une campagne qui s’étend. Je les découvre et y repense avec une curiosité d’enfant.
 

On entend du désespoir à traverser la France. À Hénin-Beaumont, les mines de charbon ont fermé. À Longwy, l’industrie sidérurgique s’est éteinte. À Troyes, on ne fabrique plus de vêtements.
 

Chômeuse depuis 2009, Jacqueline* a 54 ans et vit toujours avec sa mère. Nicolas et Julie, 2 jeunes de Vittel, n’attendent que la fin du lycée pour partir ailleurs. Renée, auxiliaire de vie de 67 ans, a passé sa vie à s’occuper des autres mais elle est terriblement seule.
 

On entend aussi beaucoup d’espoir et de bonheur.
 

Christiane, 55 ans, les yeux chagrins. Timide maladive, elle a perdu son mari il y a quelques années et ne sort plus depuis. Pourtant, elle prend le risque de venir dîner avec 15 personnes qu’elle ne connaît pas. Elle ressort de notre dîner soulagée, un peu plus confiante de pouvoir recréer du lien dans cette ville de Dole qu’elle connaît finalement peu, et moins catégorique sur l’immigration après s’être assise à côté d’un jeune guinéen.
 

Maxime, 62 ans, ex-alcoolique, sevré depuis 4 ans et 8 mois. Sa thérapie de tous les jours ? Passer la journée dans le « bois-debout » de Vesoul et regarder ses amis boire du matin au soir, sans jamais commander autre chose qu’un Coca ou un jus d’orange. Il fait gardien de nuit dans un hôpital. Son prochain défi: sortir un de ses amis de là, l’accompagner pour qu’il fasse le même dur chemin que lui.
 

Ahmed, père de famille de 35 ans: roi de la tchatche, visage lumineux, un projet d’avenir inébranlable. Pas prêt de perdre le sourire. Malgré la limite qu’il ressent dans sa progression professionnelle (en partie, selon lui, à cause de ses origines marocaines), c’est un grand optimiste, il pense pouvoir s’en sortir grâce au travail. Et construire une belle vie pour sa fille, qui a 7 ans.

 

Je respire une France que je ne connais pas, et la palette de gens qu’on rencontre est incroyable. Pendant deux semaines encore, je vous invite à découvrir ces gens avec nous.

 

*Tous les noms de participants ont été changés pour protéger l’intimité des participants.