Entendu À Table: Étape 15

 

Vendredi 30 avril - Rodez - Coq de la Place
 

La ville: Rodez est une ville de 25,000 habitants située dans le département de l'Aveyron.  
Les convives: 1 enseignante, 1 chercheur d'emploi, 3 retraités, 2 ouvriers, 1 développeur, 1 infirmière, 1 routier, 1 apprenti routier

 
 

Des mots chargés

Vous ne pensez pas que les mots ont un sens? Avant on parlait de cotisations sociales. On comprenait que c’était des contributions dans quelque chose de plus grand que nous. Quelque chose qui nous reviendrait un jour. Et on était solidaires. Aujourd’hui on parle de charges, comme si c’était quelque chose de lourd dont il fallait se débarrasser. Dès qu'on parle d'institution, on nous dit que ça coûte cher.  L'école coûte trop cher? Et bah essayez l’ignorance. 


Que faire pour nos parents?

Il n'y a pas de bonnes solutions pour nos parents. Tout est question de temps ou de sous maintenant, et on n'en a plus. Quand on travaille, on n'a pas le temps de s'occuper de nos parents de manière adéquate. Les solutions institutionnelles coûtent trop cher. Jusqu'à 2,000 euros par mois. Comment vous voulez qu'ils payent ça? Tout est question de temps ou de sous, et parfois des deux. On impose des rythmes de travail insensé au personnel, histoire qu'ils ne peuvent plus faire leur travail. Moi, je n'ai jamais pu mettre de la rentabilité dans l'humain. Donc je suis partie. 


Chacun son trottoir

Moi à Rodez, la discrimination je la ressens. Je suis arrivé du Maroc à 11 ans. Je suis au chômage, et je cherche un travail dans la carrosserie. Je vais voir le patron d’un garage. Je lui demande s’il a du travail. Il me dit que non. Un mois plus tard je retourne le voir, et il me dit qu’il a trouvé quelqu’un. Et la même chose avec d’autres garagistes. Moi je vous jure qu’ici à Rodez, parfois, je marche dans la rue, et il y a des personnes qui changent de trottoir en me voyant. Je le sens. Je prends une vidéo en mode caché, je filme, je mets ça sur Youtube, les gens éclateraient de rire, mais n’empêche que voilà quoi !


Racisme sur route 

Depuis quelques années on a les Bulgares et les Polonais qui arrivent. Ils ne respectent pas les normes. Et nous, les routiers français, on se fait baiser. Pour cela, les vieux routiers ont une opinion négative de l’Europe. Et les jeunes ils pensent comme les vieux !

Dans les restos routiers ça parle de ça. Mais à force d’en parler, ça devient presque du racisme. On a un groupe Facebook entre routiers. Des fois, les routiers mettent des photos o des vidéos où tu peux les voir, avec leur camion, faire chier au polonais alors qu’il veut simplement doubler, ou des trucs comme ça. Et ça devient comme du racisme, version transport.